« Vous sentez ? » « Non. Vous savez, ici on ne sent même plus. »
Cette phrase revient souvent en visite de site. Elle est dite de bonne foi, par des personnes qui connaissent leur installation par cœur.
Et c’est justement là qu’est le piège.
Notre nez s’adapte vite. En quelques minutes, une odeur présente en continu devient un fond sonore que l’on ne perçoit plus. C’est un mécanisme physiologique normal et utile : il nous permet de rester attentifs à ce qui change plutôt qu’à ce qui dure. Le même phénomène se produit quand on porte du parfum. Très vite, on ne le sent plus…mais les autres, eux, le sentent très bien !
De même, le riverain, lui, n’est pas accoutumé. Il peut sentir ce que d’autres qui baignent dans l’odeur ne sentent plus.
D’où une asymétrie qui nourrit beaucoup d’incompréhensions.
« Je ne sens rien » ne veut donc pas dire « il n’y a rien à sentir ».
C’est une des raisons d’être d’un regard extérieur étalonné : un nez qui n’a pas eu le temps de s’habituer.
Une précision: ce nez extérieur n’est pas infaillible.
Une seule visite ne capture qu’un instant : un jour spécifique d’activité, une météo, un régime de vent. C’est pourquoi je préfère raisonner sur plusieurs passages et des conditions variées, lorsque c’est possible.
Et caractériser une gêne, ce n’est pas la traiter : analyser une odeur ne la fait pas disparaître, cela aide à en parler sur des bases partagées, à porter un regard plus objectif sur une situation où les émotions de chacun s’entremêlent et s’interposent parfois.
S’habituer à une odeur n’est pas un défaut. C’est juste une raison de ne pas se fier qu’à son propre nez. 🌿
